Imaginez 90 tonnes de pommes de terre qui risquent de finir à la poubelle. Et un agriculteur qui décide, au contraire, d’en faire un moment de partage. Dans le Pas-de-Calais, cette histoire est bien réelle. Elle parle de générosité, de bon sens, mais aussi d’une crise silencieuse qui touche beaucoup de producteurs.
Un agriculteur face à 90 tonnes de pommes de terre invendues
À Penin, un village du Pas-de-Calais, Christian Roussel se retrouve avec un stock énorme de pommes de terre. Environ 90 tonnes, soigneusement stockées, mais sans acheteur. Les usines régionales ont déjà rempli leurs contrats. Les prix sont au plus bas. Et les silos, eux, restent pleins.
Pour lui, la situation est claire. Attendre, c’est regarder les patates pourrir lentement. Les vendre pour l’alimentation animale n’est même plus une solution. D’autres agriculteurs essayent déjà d’écouler ainsi leurs stocks. Le marché est saturé. Il n’y a tout simplement « pas de débouché ».
Plutôt que jeter, donner : une distribution gratuite à la ferme
Alors, Christian Roussel fait un choix radical. Il ouvre sa ferme au public et organise une distribution gratuite de pommes de terre. Les habitants peuvent venir se servir, sans condition, sur deux jours complets, de 8 h à 16 h.
Le principe est simple. Chacun vient avec ses sacs ou ses caisses. Il prend la quantité qui lui est utile. Aucune obligation de payer. Mais une cagnotte est mise à disposition. Ceux qui le souhaitent peuvent laisser quelques euros en soutien.
L’adresse est très précise : la distribution a lieu à la Ferme Roussel, 1 rue de Saint-Pol à Penin. Un lieu de passage qui devient, le temps d’un week-end, un symbole de solidarité locale.
Une cagnotte, des messages et un grand élan de soutien
Sur les réseaux sociaux, la réaction est immédiate. Les internautes saluent ce « beau geste ». Beaucoup parlent d’un producteur « généreux » et « méritant ». Ils encouragent les visiteurs à jouer le jeu. Prendre des pommes de terre, oui, mais si possible laisser une petite contribution.
Cette cagnotte, ce n’est pas une obligation morale. C’est une manière simple de dire merci. Quelques pièces, un billet, un mot gentil. Pour un agriculteur qui ne gagne presque rien sur cette production, chaque geste compte. Cela ne rattrape pas les prix « historiquement bas », mais cela met un peu de baume au cœur.
Pourquoi en arrive-t-on là ? La surproduction expliquée simplement
L’année 2025 a été marquée par des rendements exceptionnels en pommes de terre. Le climat, les techniques, tout a contribué à une très bonne récolte. Sur le papier, cela semble une bonne nouvelle. Dans la réalité, c’est plus compliqué.
Quand tout le monde produit beaucoup, l’offre dépasse largement la demande. Les usines s’engagent sur des contrats à l’avance. Une fois ces volumes achetés, elles ne prennent plus le surplus. Résultat : des milliers de tonnes restent sans acheteur. Les prix s’effondrent. Et certains agriculteurs se retrouvent comme Christian Roussel, avec des hangars remplis de pommes de terre invendues.
Des idées de solidarité… freinées par les règles
Face à cette situation, plusieurs personnes proposent des solutions. Pourquoi ne pas racheter ces pommes de terre pour les cantines scolaires ? L’idée semble logique. Faire d’une difficulté agricole une opportunité pour l’alimentation des enfants.
Mais la réalité des réglementations est plus dure. La restauration collective suit des normes strictes, des contrats, des cahiers des charges précis. Acheter rapidement un stock déjà récolté n’entre pas vraiment dans ces cadres. L’idée reste donc, pour le moment, au stade de proposition.
D’autres suggèrent de se tourner vers les associations caritatives comme les Restos du cœur ou le Secours populaire. Le producteur ne ferme pas la porte. Il préfère cependant attendre la fin de la distribution à la ferme. Voir ce qu’il reste. Adapter ensuite en fonction des quantités résiduelles et des capacités d’accueil et de tri des associations.
Un geste généreux… mais une vraie inquiétude pour l’avenir
Derrière cette belle initiative, il y a aussi des craintes. Christian Roussel ne souhaite surtout pas revivre ce scénario. Pour les plantations d’avril, il prévoit de sécuriser davantage. Son idée : planter en fonction de contrats déjà signés. Limiter les risques. Éviter de se retrouver encore une fois avec une montagne de pommes de terre sans acheteur.
La pomme de terre ne représente que 8 à 10 % de sa surface agricole totale. Cela lui laisse un peu de marge. Il peut diversifier ses cultures. S’appuyer sur d’autres productions pour équilibrer ses revenus. Tous les agriculteurs n’ont pas cette possibilité. C’est aussi ce qui rend ce cas particulier révélateur d’un problème plus large.
Que pouvez-vous faire, vous, en tant que consommateur ?
Cette histoire pose une question simple. Comment, à votre échelle, soutenir ce type de démarche et, plus largement, les agriculteurs de votre région ? Les pistes sont plus nombreuses qu’on ne le croit.
- Aller directement à la ferme quand c’est possible et acheter en circuit court.
- Participer aux distributions solidaires, en laissant une contribution si vos moyens le permettent.
- Privilégier les produits locaux au marché ou en magasin, même quand ils ne sont pas parfaitement calibrés.
- Parler autour de vous de ces initiatives, pour que les stocks trouvent preneur plus vite.
Et si vous repartez avec plusieurs kilos de pommes de terre, il reste une question très concrète. Comment les utiliser sans en perdre un seul morceau ?
Idées simples pour cuisiner et ne pas gaspiller vos pommes de terre
Les pommes de terre se conservent et se transforment de mille façons. Avec un stock un peu plus gros que d’habitude, mieux vaut prévoir quelques recettes faciles, économiques, et qui plaisent à toute la famille.
Une purée maison onctueuse
Pour 4 personnes, il vous faut :
- 1 kg de pommes de terre à purée (type bintje)
- 200 ml de lait
- 40 g de beurre
- Sel, poivre
- Noix de muscade (facultatif)
Épluchez les pommes de terre, coupez-les en morceaux et faites-les cuire 20 à 25 minutes dans une grande casserole d’eau salée. Égouttez bien. Écrasez-les au presse-purée ou à la fourchette. Faites tiédir le lait. Ajoutez le beurre dans la purée, puis versez le lait petit à petit jusqu’à obtenir la texture souhaitée. Assaisonnez avec sel, poivre et un peu de muscade.
Une poêlée rustique anti-gaspi
Parfaite pour utiliser des pommes de terre un peu fripées, mais encore bonnes :
- 800 g de pommes de terre
- 1 oignon
- 2 c. à soupe d’huile végétale
- Herbes de Provence ou persil
- Sel, poivre
Lavez les pommes de terre, coupez-les en dés avec la peau si elle est propre. Émincez l’oignon. Faites chauffer l’huile dans une grande poêle. Ajoutez l’oignon, laissez dorer quelques minutes. Versez les dés de pommes de terre, couvrez et laissez cuire 20 à 25 minutes à feu moyen. Remuez de temps en temps. En fin de cuisson, ajoutez sel, poivre et herbes.
Une histoire locale qui parle de nous tous
Au fond, cette distribution de pommes de terre dans le Pas-de-Calais dépasse largement les frontières de Penin. Elle raconte la fragilité du métier d’agriculteur. La violence des marchés. Mais aussi la force d’un choix humain : préférer donner que regarder pourrir.
Si vous habitez près de la ferme Roussel, vous savez peut-être déjà ce que vous ferez vendredi ou samedi entre 8 h et 16 h. Si vous êtes plus loin, cette histoire peut simplement vous inspirer. Acheter un peu plus souvent local. Soutenir une cagnotte. Partager un article. Derrière chaque patate dans votre assiette, il y a, quelque part, un Christian qui se bat pour que son travail ait encore un sens.




